Poésie et Mer

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le 7 septembre 2016


Les ports et les villes de bord de mer m’ont toujours inspiré. J’y ai puisé moult vétilles qui avaient a priori peu d’importance, mais qui mises bout à bout se sont révélées être le terreau essentiel qui constituait leurs âmes. Chacun de ces havres a une odeur, des couleurs, qui selon l’heure du jour, transforment leurs éclats et leur relief sans jamais en modifier l’essence. La mer, elle-même, joue avec ces reflets, Métamorphosant continuellement ces abris à la faveur de la marée. J’apprécie aussi ces petites « Venise » que les cours d’eau enlacent dans une étreinte humide et fusionnelle.

 L’eau est le miroir de la vie, c’est elle qui fait ce que nous sommes. Ne dit-on pas : “C'est l'eau qui fait le cygne. Qui veut faire le cygne sans l'eau fait l'oie.” ( Proverbe chinois)



    

Sine


Te souviens-tu de ces salines,

Qui mouillaient au bord de Séné,

Qui collaient à l’âme de « Sine*»

Comme un grain d’sel, dans un baiser.


De ces voilures, ocres au ponant

Comme des toiles, porte-drapeaux,

Qui se gonflaient de rouges vents

Dans la mâture des Sinagos.


De  ce « trois frères* » du temps jadis

Qui s’entendait d’un «  joli vent* »

Faisant rêver encore les fils,

Et les marins du Morbihan.

 


J’irai devant la «Maison rose* »

Dans la mémoire de ce salé,

Me rappeler toutes ces choses,

Qui me reviennent à la marée.  


«Sine » nom Breton de Séné.

« Les trois frères », « Joli vent » nom des Sinagos de Séné.

« Maison rose » Célèbre amer de Séné.


   

Paimbœuf


J’étais dans mes pensées, sur le bord de la Loire,

Qui comme un long ruban, immuable, passait,

Tantôt docilement, dans de luisants reflets,

Puis vive, dans le courant de son flux migratoire.


Elle allait à l’encontre, filant en taille-mer,

Chevauchant sur ses rides, contre vents et marées,

Assaillant l’océan, de ses fluides, mêlés,

Dans un furieux combat, au fond de l’estuaire.


Impassible, Paimbœuf, maître de ce couloir,

Alignait ses maisons, ordonnées en chapelet ;

Sur l’île d’autrefois, aujourd’hui mise à quai,

Collaient les souvenances de ce puissant comptoir.


Son phare, en sentinelle, enchaîné sur la rive,

Exilé à jamais, dans ce lieu incongru,

Sondait dans le lointain, dans un regard perdu,

Le bout de ce terroir, qui l’isole et le prive.


Me prenant à rêver, du jadis de cette anse,

Au temps où ce mouillage, avait suprématie ;

J’imaginais ces flots, dans ce port accompli,

Où mille et un navires, demeuraient en partance.


Je les y vois encore, « au Jardin étoilé* »,

Embossés dans le vert, d’un parc improbable ;

Ces vaisseaux de bambous à la coque de sable,

Cinglent dans l’étendue de cette voie lactée.


* « Jardin étoilé » de Kinya Maruyama à Paimbœuf.





CENTURI*


Il est un petit port

Mignonnet à ravir,

Qui vous prend tout le corps

En vous faisant frémir.

 

La montagne de ses bras

La posée sur l’eau claire,

Livrant en contrebas

Un nid douillet de mer.


Dans ses mains réunis

Protégeant ses arrières,

La Serra le chéri*

Comme une bonne mère.


Et les maisons à quai

Se tenant face à face,

Garde tous les secrets

De la Corse tenace.

 

Ancrées en peloton,

Des barques à tout heure,

Clapotent à l’unisson

De leurs pesanteurs.


Et sur la place frêle,

Passant à l’infini,

Des gents en ribambelle

Avalent ce paradis.

 

*CENTURI (petit port du cap Corse)

* SERRA (chaîne de montagnes)





Erquy  


Il faut aller au « grès »* de ses demeures roses,

Et être « Bien-Assis »* pour en voir son château.

Mais si de sa « coquille »* vous aimez toute chose,

Il vous faudra au port vous tremper dans ses eaux.


Cette « Réginéa »*, d’ici ou bien d’ailleurs,

Déclive ses maisons, aux files de sa chaussée ;

Elles vont, de rue en rue, rejoindre les rumeurs

De ses vaillants marins qui l’ont tant façonnée.


La belle « Nazado »* en est l’âme des lieux,

Son drap de sable va, s’étirant comme une ombre.

Elle est là, endormie sous la baie où les dieux,

Jadis, l’ont engloutie dans un flot de pénombres.


Erquy, c’est tout l’éclat de sa centrale plage,

Que la mer enlace, en sa pleine beauté ; 

La baie, c’est le sourire de son large rivage,

Qui brille dans l’Amor, de toute sa fierté.

 

* Maisons en grès rose.

* Château de Bien-Assis.

* Coquille Saint-Jacques.

* Nom de la ville romaine que l’on situe à Erquy, mais aussi ailleurs.

* Légende de la ville engloutie de Nazado.





UN MATIN DE MON BALCON A QUIBERON


Belle-Île s’étirait dans un halo de brume,

Baignant toute en langueur dans l’élément salin.

En robe de dentelle, chaussées en escarpin,

Des brisants vigoureux dandinaient dans l’écume.


Sauzon me faisait face éclatant dans l’éther,

Livrant à son entrée une forêt de mâts,

Entrecollés en couple pour d’étranges Javas,

Aux rythmes des assauts et des remous de mer.


Sur les eaux des voiliers indolents de lenteur,

Laissant comme des limaces des traînées engluées.

Voguaient en file indienne dans des vents effacés,

Collés à la voilure d’un ciel de vapeur.


Au loin dans la blancheur, les grands bateaux navettes,

Faisant la traversée de Belle-Île à Quiberon,

S’immolaient au soleil en se croisant le front,

Dans la réalité d’un simple tête-à-tête.

 

A ma gauche le Four*, pesante cardinale,

En mal de voyage, sentinelle de fait,

Fixée comme une dent rivée à son palais,

Subissait les rejets d’une sterne vandale.


En vue de mon tribord, fier de son renom,

Assis en Berg er Lan, le château de Turpault,

S’abreuvait des rumeurs du port en écho,

Le Poulloux* en sifflant lui renvoyait ses sons.


*le Four *le Poulloux : balise Cardinal au large de Quiberon









Le 13 juin 2016
   

Hommage au Colbert


La déconstruction d’un navire sur lequel on a navigué un temps avec passion, est toujours un déchirement intérieur pour le marin respectueux de son bateau.

Je n’ai pas officié sur le Colbert ; j’étais sur le TCD Orage, un transport de chalands désarmé en 2007 et voué à la déconstruction en juillet 2009. Il dort actuellement dans la rade abri de Toulon.

Je perçois évidemment la tristesse que doivent ressentir les marins qui ont servi avec ferveur cette unité.

Ne peuvent comprendre que ceux qui l’ont habitée corps et âme, même bien après l’avoir quittée.



  

Hommage


Ce n’est pas un élan, juste un remous funèbre,

Un tumulte soudain, dans l’élément confus,

Une ride en suspens dans un ciel de ténèbres,

Pour un noble vaisseau que le temps a déchu.


Il va à l’agonie, tiré par ses bourreaux,

De puissants remorqueurs, qui ajoutent à sa peine.

Sa robe de couleur, dégradée, en lambeaux,

Afflige tout son corps, d’une rouille malsaine.


Autrefois adulé, fleuron de la Royale,

Il a sur l’océan, honoré son drapeau,

Souvent auréolé de la flamme amirale,

Dressé sur sa mature, élevé au plus haut.


Tu ne croiseras plus, c’est fini, mon Colbert,

Bordeaux t’a condamné, c’est là ta destinée,

Tu ne vaux guère plus que le poids de ton fer,

De la belle structure, que tu as tant portée.  


Vois, ces tristes marins, qui ont servi ton bord,

Pleins de la souvenance que tu leur as donnée,

Ils se sont redressés dans un dernier effort,

D’un garde à vous profond, quand ta coque est passée.




Orage naguère


Il est de gris, sa robe en fer

À l’élégance de son drapeau ;

Son uniforme en drap de mer,

A le reflet de tous les flots.


Sur son pourpoint, comme un hommage,

Il est écrit le mot « Patrie »

Dans ces valeurs, son équipage,

Le vénère comme une égérie.


Ne voyez rien de militaire

Trop appuyé dans mes propos,

Ce sont des hommes, des hommes fiers,

Qui ont respect de leur vaisseau.


Nul marin ne peut prétendre

N’avoir point aimé et chéri

Ce bateau, qu’il a su comprendre ;

À qui il a confié sa vie.  


Si je vous en parle au présent,

Alors qu’il n’est plus que naguère,

C’est que son souvenir est grand,

Dans mon cœur et dans mes chimères.  


Il n’ira plus jamais en mer,

Il appartient à mon passé,

C’est un fantôme involontaire,

Que la Royale a désarmé.


JFZ            



 23 mars 2016  

      

Bonjour,

   

Mon nouvel ouvrage « Les portes de HI-BRAZIL  » est un conte fantastique marin, qui à la faveur de ma fiction, nous transporte du pays breton aux îles Anglo-Normandes pour se conclure dans le mystère d’une île perdue. Tout en étant une histoire à part entière, il fait suite à mon dernier récit « Le Fabuleux, une histoire de crabe ».

 


Notre regretté Pierre-Arnaud Lebonnois de Nehel, Président fondateur de l'Académie des Arts et Sciences de la Mer, m’a fait l’honneur de rédiger la préface et la quatrième de couverture juste avant de disparaître. Il le résumait ainsi :

 

« Road-movie Breton sur fond de conte fantastique ».

 

Dans l’opus n° 1 de ce conte fantastique intitulé « Le Fabuleux », Firmin le pêcheur de Port-Haliguen remonte dans ses filets un crabe extraordinaire, mi monstrueux, mi féérique.

L’animal, devenu son ami, va transformer sa vie.

Le récit se termine par cette phrase énigmatique qui suppose une suite probable de cette belle aventure… « Nous aurons à nous revoir, si tel est le destin, si tu trouves la lumière qui mène à mon écrin ».

En effet, dans ce second volume « Les portes de HI-BRAZIL », c’est au tour du Fabuleux de faire appel à Firmin, des années plus tard. Un vilain lui avait alors dérobé l’une de ses « pinces magiques ». Le crustacé se trouve dans l’incapacité de rejoindre HI-BRAZIL et demande à Firmin de l’aider.

Démarre alors, pour le pêcheur et quelques-uns de ses amis hauts en couleur, un road-movie à la Bretonne et une haletante course contre la montre.

Bien qu’à la fois poétique et philosophique, l’écriture de ces deux récits n’est pas sans évoquer le style joyeux et trépidant d’un Maurice Leblanc dans la narration des aventures d’Arsène Lupin.

Remarquablement conté par l’auteur, « Le Fabuleux » et « Les portes de HI-BRAZIL » nous transportent dans un univers à la fois rocambolesque et attachant.

 

 

Ce conte de 120 pages est illustré de haut-vol par mon ami et pastelliste Gaby Bourlier, qui a merveilleusement œuvré pour enrichir mes humbles mots.

 

Mon livre est disponible sous sa forme papier sur ma boutique ou chez Amazon, et   en ebook kindle   Amazon sous le titre «  Les portes de HI-BRAZIL  », au prix de 3,59€


Version papier  15.83€

 

Merci de votre soutien, et bonne lecture.

 

JFZ

   

l’Académie en deuil


Les vagues comme le temps, brisent nos certitudes ;

Elles emportent nos chers, aussi sûr que le vent.

Un père, une mère, un ami, sans prélude

Sont ainsi à nos cœurs arrachés violemment.

 

  

C’est par ces quatre vers que je veux exprimer la perte d’un ami inestimable. Pierre Arnaud Lebonnois de Nehel,  Peintre portuaire, Journaliste chroniqueur et pamphlétaire, dessinateur de presse, caricaturiste, écrivain et auteur de théâtre, était un homme prolifique. « Il va ainsi, de la Seine à la Loire, sous le pseudonyme d’Eliby, exercer ses multiples talents au sein de nombreuses parutions aux styles très divers tels que La Liberté de Montmartre, Ici Paris, Le Pèlerin, La Vie Catholique, Le Monde de l’Education, Lui, l’Almanach Vermot, Ouest-France, Presse-Océan, L’Echo de la Presqu’Ile et bien d’autres. Beaucoup se souviennent également qu’il a travaillé pour la télévision, en collaborant notamment à l’émission « Droits de réponse » de Michel Polac en compagnie de ses confrères et amis Cabu, Loup et Siné, et un temps, de manière quotidienne sur France 3 Pays de Loire. »

Pierre Arnaud était aussi le Président fondateur de l’Académie des Arts et Sciences de la Mer, qu’il a fédérée avec une énergie et un dévouement remarquables.

« Cette association dont il a jusqu’ici assuré la présidence, compte aujourd’hui un peu plus de 120 membres issus du monde maritime, civils comme militaires, et répartis en 12 collèges suivant la prédominance artistique ou intellectuelle de leur vocation. »

Je ne peux ici relater tous les multiples talents que cet homme, marin dans l’âme, a su exercer.

Je vous invite à visiter le site de l’Académie à l’adresse ci-jointe, à la rubrique « l’Académie en deuil ».

http://www.academie-arts-sciences-mer.com/lacademie-est-en-deuil/




Respect                  A Pierre Arnaud


Le bleu si rayonnant, c’est habillé de noir,

Dans l’obscur océan, la vague s’est figée,

Tes tableaux si vivants, si prompts à émouvoir

Ont l’inerte tristesse de nos âmes affligées.


Mais non, tu n’es pas seul, sur ces larmes de mer ;

Nous te tenons la main, nous sommes à tes côtés ;

Nous voguons sur ton bord, à jamais solidaire

Le cœur bien trop amer, de te voir t’en aller,


Mais non, tu n’es pas seul, dans ces voiles d’éther

L’affection de chacun comme un vent vient souffler

Pour ton  dernier voyage, comme un livre ouvert

C’est toute  l’Asmérie que tu vas emporter


Tu nous a tant donné que tous les mots son vain

Notre silence en dit plus qu’on peut exprimer

C’est pourquoi nous voulons, dans un adieu marin

T’honorer « sur le bord », comme il se doit donner.


Jean-François Zapata



C'était


C’était un peintre, rêvasseur,

Le bleu, le bleu, partout, sciemment,

Couvraient ses toiles de couleurs,

Qu’il mélangeait avec du vent.


Sur sa palette faite d’éther,

Et d’eau, et d’eau, de l’océan,

Se retrouvait toute la mer,

L’écume lui servait de blanc,


Son trait serein, jamais rigide,

De vague à vague, ondulant,

Livrait sur ses œuvres liquides,

Ses rêves tracés au sextant.


Ses voiliers peints, toujours précis,

Réglé, réglé,  au nombre d’or,

Evoluaient dans son esprit,

En les poussant à prendre corps.


Vous l’y verrez hissant la voile,

Sur ces comètes en suspens,

Car ses tableaux sont des étoiles,

Qu’il a peint comme un firmament.


JFZ

         




Le 18 septembre 2015

Les voyages forment la jeunesse, dit-on ?

Il est bien vrai que cette merveilleuse période – que chacun traverse dans la plénitude de l’insouciance – est essentielle, voire même salutaire à l’épanouissement et au libre arbitre que nous acquérons dans la connaissance de la vie. Parfois, des lieux nous transcendent et nous obsèdent, s’invitant comme des fantômes qui hantent nos pensées et l’utopie de tous nos rêves, dernier retranchement psychique qui nous sépare de la folie.


La Polynésie fut pour moi ce nirvana qui, à la lumière de ses paysages, m’a transmué, réincarné dans mon propre corps, qui pourtant n’est plus le même. Il a acquis, dans ses mouvances, le détachement et la sérénité de tous ces gens, de tous ces lieux, qui m’embaument encore aujourd’hui, comme une fragrance inassouvie.


À travers mes vers, je veux rendre hommage à ce généreux peuple qui, à ma grande joie, a retrouvé son identité culturelle et ses lointaines traditions que naguère, notre civilisation avait jetées dans l’oubli.     

             

Lagon polynésien


J’ai enlacé tes eaux féeriques et claires,

Pareilles à un tableau, renvoyant ses couleurs.

Comme un bouquet vivant, des coraux en lumière,

Accompagnaient mon cœur.


Happant ce merveilleux, comme un conte d’Andersen,

Où l’incroyable va à la réalité,

Je cheminais épris, et buvais ton haleine,

En ta simple beauté.


Un banc de papillons et de perroquets fiers,

Vibrant dans la dentelle de Gorgones fluorées,

Enveloppaient mes flancs devenus éphémères,

Dans la limpidité.


Multicolores et fins, des poissons minuscules,

Comme des confettis, jetés à la volée,

Échappaient à la pieuvre et à ses tentacules,

Avec majesté.


Saisi de transparence et survolant le fond,

Comme une raie Manta, solitaire et dense,

J’observais les reflets de ce nouveau plafond,

Fait d’un ciel intense.


Enfin livré au chant, de toutes ces harmonies,

Ouvrant à fond mes lèvres, semblables au bénitier,

J’allais dans un baiser, consumer mes envies,

Et ton immensité.


    

Gauguin (Paul Koké )


Gravissant la colline sous un plafond sans joie,

Où tombait dru et fine une pluie en sous-bois,

J’allais dans ta palette, comme on va en passion,

Mon cœur à la fête, mes rêves en légion.


Plus avant sur mes flancs, en amont, en aval,

Dansaient des revenants aux formes magistrales,

Léger Tupapau*, aux bleutés refroidis,

Le corps en dégoût, mais jamais interdit.


Un parapet de brume, dessinait dans l’espace,

Des vahinés de plumes, à la forme tenace ,

S’étirant dans l’éther, imprégné de tes songes,

Aux confins de ces Terres et de ton petit monde.


J’imaginais tracer, sur tes toiles rugueuses,

Le corps nu, vanillé de ces femmes rieuses,

Accompagnant d’un jet aux subtiles couleurs,

Des danseurs en reflets, bariolés de vapeur.


Des chevaux tout orange et rouge de crinières,

Galopaient dans la fange d’un modeste parterre,

Finissant dans la baie, prisonniers en sursis,

Le vide pour gibet, le vent pour agonie.


Et au bout du chemin, dédié à tout ton monde,

Comme un ultime écrin, je découvris ta tombe.

Tes femmes étaient là, au pentu cimetière,

De ta belle Téhura aux bretonnes austères.     


Le blanc des monuments, couverts de coquillages,

Tranchait de ton Gisant fait d’un noir dallage,

Et le frangipanier, naissant aux branches d’or,             

Te faisait un collier de gouttes incolores.


Saisi dans un ballet de souvenirs denses,

Ton Œuvre défilait en images intenses,

Et je crus entrevoir, aguerri à conjouir,

L’atelier dérisoire de ton Faré du jouir.         

  1. PAUL KOKE) Nom polynésien de Gauguin

  2. (Tupapau ) Revenant Polynésien

  3.  (TEHURA) Compagne de Gauguin aux Marquises

  4.   (FRANGIPANIER) Arbre des Îles

  5.  (FARE DU JOUIR) Maison polynésienne de Gauguin



Le sculpteur de UA PU *


En des gestes affinés, magnifiant à la gouge,*

Un morceau de miro* à l’essence rosée,

Il taillait sans répit, enfantant du bois rouge,

Un majestueux Tiki à la forme sacrée.


Ses yeux déjà ouverts peaufinaient son profil,

Dans les mains de Tàne* investi de respect,   

L’idole se couvrait de cet art subtil,

Aux marques ancestrales et chargées de secrets.


L’empoigne de ses membres recouverts de gants,

Glissait entre le crin dans la moindre plissure,

En caressant le bois de son œuvre, de flanc,

Sa chair révélait sa violasse teinture.


La lèpre accompagnait sa volonté en paix,

Son cœur comme un enfant, jubilait dans ses actes,

De Dieu il se souciait, pardonnant pour ses plaies,

Envahi de son art et ses rêves intacts.


 

* UA PU ( OUA POU ) Île des Marquises

* Miro – bois des îles polynésiennes

* Tàne ( Tàné) Homme polynésien




  

MITI              


Miti,* ô mer ! Mon bleu d’amour,         *Mer en polynésien

A la caresse toute ondoyée,

Revient dans mes rêves, à rebours,

Taris de t’avoir trop aimé.


J’irai dans tes lagons de verre,

Plus transparents et pellucides,

Que le cristal de l’éther,

Étincelant dans ton liquide.


Dans tes coraux en arc-en-ciel,

Plus lumineux que des joyaux,

Je m’emplirai de leurs dentelles,

Habillant le flanc de ma peau.


 Je m’unirai à ton silence, 

Que mille bruits entretiendront,

Je serai là, dans ta mouvance,

Enlaçant toute ma raison.


Et avalant ta symphonie,

De friselis en bulle majeure,

J’irai dans l’antre de tes plis,

Me souvenir avec bonheur.




Tiki de BORA BORA


Sur la commode de bois ciré,

Reclus au temps qui s’amoncelle,

Croule un Tiki désenchanté,

Dans un décor intemporel.


Va mon idole, tu me ressembles,

Tes grands yeux restent insoumis,

C’est la folie qui nous assemble,

Et qui contraint nos rêveries.


Enchevêtré dans la poussière,

Aussi vieille que nos souvenirs,

Nous frémissons au courant d’air,

Qui nous ferait enfin partir.


Va mon idole, comme mes songes,

Tu es bien loin du paradis,

Cette langueur qui là nous ronge,

Sont nos espoirs inassouvis.


Mais un matin, poussant la porte,

Dans le sillage d’un très grand frais,

Nous partirons comme feuille morte,

Comme Verlaine, au vent mauvais.


Les alizés plein d’indigo,

Et tous les bleus des mers du sud,

Portant nos rêves idéaux,

Effaceront nos servitudes.


Puis au lointain parmi l’éther,

Refleurissant de ton Mana,

Nous reverrons enfin ta terre,

De retour à BORA BORA.




Le PITATE*


Il est bien loin mon PITATE,              (Pitaté)

Où l’on dansait toujours de paire

Aux bras de jeunes vahinés,

Légères et fluides comme l’air.


Ces fines fleurs nous poinçonnaient,

Une petite carte de danse,

Sans le savoir, ouvraient des plaies,

Dans nos désirs en abondance.


Un tamouré plein de frisson,

Attisait toutes nos ardeurs,

Voyant ces belles à l’unisson,

Dans la beauté de leurs rondeurs.


Quelques bouteilles d’HINANO*,  

Et MANUIA* de belles allures,         

Grisaient nos coeurs idéaux,

Et tous nos rêves d’aventure.


Puis, comme tout s’en va et passe,

La bière et le reste envolés,

On rejoignait flétris et las,

Nos bâtiments et leurs coupées.


Envoi.


Il est bien loin mon PITATE,     (Pitaté)

Aux souvenirs de mes ivresses,

Qui enflammait PAPEETE,        (Papéété)

Et l’enjouement de ma jeunesse.





Bora Bora      À Henri Hiro


Maui* fit, d’un seul poisson,    (Ma-ou-i)

Pora Pora* et ses lumières,

Il  mit gardien, en ses deux monts,

Le Pahia* et son grand frère.      (Pa-hi-a)


Pour les flatter, d’une moirure,

Il créa les bleus du lagon,

Et fit autour, une ceinture,

Pour achever ce panthéon.


Son eau si pure et cristalline,

Issue des larmes de Hina*

S’étend de mille Perles fines,

Agglutinées, tant elle pleura.


Pour la vêtir de sa flore,

Il fit d’un souffle corallien,

Toute une vie omnicolore,

Dans cet aquatique jardin.


À voir cette ile, de sa nue,

On dirait une raie manta,

Qui évolue dans l’étendue,

Que fit ici Ta’aroa*.


Parfois au vent, comme des phonèmes,

Quand Ra* se couche à Matira*

On entend d’Hiro* un poème,

Que dans ce lieu, il composa.


Celui-ci est une prière,

Pour tout l’amour de son pays,

Pour les valeurs de cette terre,

Qu’il défendit, toute sa vie.


* Maui –Dieu de la connaissance.

* Pora Pora - nom polynésien de Bora Bora.

* Le Pahia - le plus petit des deux monts de l’ile.

  * Hina-te-po ce qui signifie « Vierge des ténèbres »

  Quand elle sut que son époux était son père, elle s’enfuit dans les abîmes.


* Ta’aroa – Dieu créateur.

* Ra – soleil.

* Matira – pointe à l’ouest de l’ile.

*Henri Hiro – Poète, dramaturge, cinéaste, polynésien.



JFZ                 



le19 mai 2015       


Les vieux gréements

 

Les voiliers n’ont jamais été aussi nombreux sur nos mers. On ne peut que saluer ce renouveau qui allie la sauvegarde, mais aussi la reconstruction d’authentiques gréements qui jadis peuplaient les côtes de nos aïeuls. Il n’est pas un port qui n’ait pas son esquif, son chasse-marée, son côtre, sa bisquine, mais aussi, son sloop, sa tartane, son sinago et ses plates, qui servaient souvent d’annexes. Leurs noms nous sont devenus pour la plupart familiers ; mais derrière ces bateaux de légende, il y a surtout des hommes et des femmes qui œuvrent individuellement ou en association pour faire revivre la magie de ces temps anciens. J’ai eu comme tout un chacun, le grand plaisir de monter à bord de certains d’entre eux ; c’est toujours un moment inoubliable, un frisson, une odeur, qui vous pénètre et vous enveloppe dans un cocon d’éternité. Je ne pourrais les citer tous, mais en leur dédiant mes modestes textes, je veux contribuer à les faire connaître en soufflant, sur leurs voilures, l’humble brise de mes mots.




Saint Michel II


C’est par le vent, un joli Cotre,

Filant sur une mer de gréements,  

Faisant la fête de part et d’autre,

Avec de beaux voiliers d’antan.


Au près, cinglant tribord amure,

Noir de coque, trait rouge et blanc,

Ses voiles exultent dans sa mature,

Comme de vastes cerfs-volants.       


De son seyant nom, « Saint Michel

Deux » en bon ordre, le baptisant,

Jules Verne en fit sa caravelle,

Et le bureau de ses romans.


De cette École des Robinsons*, 

Les enfants du capitaine Grant*,

Planent en songe dans un Ballon*

Pour un pari, que Fogg tente.


À  Vingt mille lieues* de ces remous,

Naviguant  Au tour de la lune*,

L’écrivain, Sans dessus dessous*,

Nous fait rêver avec sa plume.


J’ai ressenti  son âme à bord,

Dans les membrures de ce voilier,

Le maître, murmurait encore,

Dans l’au-delà de ses pensées.


(*)Tout ou partie des titres des romans de Jules Verne.


       

Babar        A Pierre Raffin-Caboisse

Dans un bon plein « En père peinard* »

Naviguant un « Soir du dix mai* »

Voguait un côtre nommé « Babar »

Et son barreur qui rêvassait.


Leur route avait de leurs exploits,

Les longs reflets du souvenir 

De ces périples qui, autrefois,

Les avaient comblés de désir.


La cause en était au « Tonner »

Qui leur conta, jadis, l’onde,

Nourrissant toutes leurs chimères,

Pour un voyage autour du monde.


En revenant de ce vécu,

Un océan de souvenance,

Leur rappelait ces étendues,

Et leur besoin de repartance.


Si à la mer vous les voyez,

Dans leurs voiles bleues et terres oxydes,

Saluez-les d’une pensée,

En les laissant aux creux des rides.


Ne les retenez point des yeux,

Laissez leurs âmes dans ses hauteurs ;

La mer et la nue sont leurs cieux,

Pour ces vivants navigateurs.


« En père peinard* » nom du côtre qui servit de modèle pour la réplique de Babar

« Soir du dix mai (1981)* » premier nom du côtre Babar

«Tonner*» Kurun en Breton, bateau de Jacques-Yves Le Toumelin dont Pierre Raffin-Caboisse suivit les traces en 1999

Voiles bleues et terres oxydes* couleurs actuelles des voiles de Babar


    

La Belle-Angèle


Tendant sa main « un bout dehors »

Au doigt unique et élancé,

Elle va au profond de nos corps,

Et nous invite à embarquer.


     Pour l’amour de la Belle-Angèle,

     Il est « utile* » de la nommer,

     J’irai m’habiller de misaine,

     Pour mettre voile, à ses côtés.


De tout son pont, en libre scène,

Que nos pas foulent d’un baiser,

Elle nous reçoit dans son éden,

De drisses et bouts enlacés.


     Pour l’amour de la Belle-Angèle,

     Que Gauguin nous a sublimée,

     J’irai tirer à tire-d’aile,

     Dans les manœuvres de ses bordées.


En quai de cœur, à Pont-Aven,

Dans sa parure de Chasse-marée ;

Pour les Marins, elle est la reine !

Et les jadis d’un beau passé.


     Pour l’amour de la Belle-Angèle,

     Et de ces coques trépassées,

     Je veux chanter de mon rappel,

     Pour ne jamais les oublier.


*« l’Utile » : Chasse-marée qui a servi de modèle pour la réplique

de la Belle-Angèle.

* « Bout, Drisse » : Cordages de marine.


  

L’Hermione

 

La liberté n’est point de cendre,

Ce grain sacré, ne peut brûler…

Rien n’y peut faire, à nous déprendre,

Quand elle enflamme, nos volontés.


Elle a la force d’une frégate,

Qui de l’Hermione, en combattant,

A fait d’un roi en juste fiat,

Sauveteur d’un new continent.


Aucun navire ne peut mourir,

Fut-il occis au fond des flots,

Quand d’un espoir, il sut nourrir,

Et porter haut, des idéaux ;


Il fallait cœur à reconstruire ;

De nobles gens, s’y sont mis,

A Rochefort, pour reproduire

Ce bâtiment de liberty.


La liberté n’est point de cendre,

Parfois pourtant, elle peut sombrer…

Mais l’homme sait, toujours lui rendre,

L’épi vivant, qu’elle a semé.




La Belle-Poule                         

Aux goélettes, la Belle-Poule et L’Etoile                       


Suspendue entre ciel et mer,

Ses ailes toutes déployées,

La Belle-Poule, en vent arrière,

Par faible brise, va, déventée.


Le flot rivé à son allure,

Dans une eau lisse et huilée,

Mire et renvoie toute sa mâture,

Dans ce miroir improvisé.


La toile molle choquée aux drisses,

Tantôt tendue sur ses taquets,

Subit les coups et le supplice,

Dans la torsion de ses goussets.


Comme une bouteille à la mer,

Dans le chemin de son humeur,

Elle se dandine libre et légère,

Dans le ballet d’un vent moqueur.


Agglutinés, les focs évoquent

Amurés au jeu du beaupré, 

Des dauphins de bric et de broc,

Qui vont embrasser le hunier.


Pas besoin d’être vaillant et leste,

Pour franchir passe et goulet,

Pas besoin d’un tonnerre de Brest,

Quand on n’est pas barré au près.


Dans son sillage, vaporeuse,

Sur un couchant de voie lactée,

L’Etoile, sa consœur silencieuse,

Semble dans l’éther s’envoler.



Bateau de Guerre


Au TCD orage


Il est de gris, sa robe en fer

A l’élégance de son drapeau ;

Son uniforme en drap de mer,

A le reflet de tous les flots.


Sur son pourpoint, comme un hommage,

Il est écrit le mot « Patrie »

Dans ces valeurs, son équipage,

Le vénère comme une égérie.


Ne voyez rien de militaire

Trop appuyé dans mes propos,

Ce sont des hommes, des hommes fiers,

Qui ont respect de leur vaisseau.


Nul marin ne peut prétendre

N’avoir point aimé et chéri

Ce bateau, qu’il a su comprendre ;

À qui il a confier sa vie.


Si je vous en parle au présent,

Alors qu’il n’est plus que naguère,

C’est que son souvenir est grand,

Dans mon cœur et dans mes chimères.


Il n’ira plus jamais en mer,

Il appartient à mon passé,

C’est un fantôme involontaire,

Que la Royale a désarmé.




Angelina     A Martine et Jean  Brouillet


C’est un cotre charmant, au superbe travers,

Qui porte le joli nom d’une dame qu’on aima.

Il brille de sa mémoire, renvoyant sa lumière,

Et plein de sa beauté, qu’elle portait ici-bas.


Il ne fend pas le flot, mais vole sur la vague ;

Le vent, sans le brusquer, l’oblige de ses baisers.

Dans ce houleux sillage, si sa coque divague ?

C’est que l’océan même, s’enivre à le porter.


De tous feux, ses vernis, dans des reflets d’éther,

Illuminent sa toile, imbibée de la nue,

Sa voie, comme un poème écrit à l’eau de mer,

Se perd dans l’océan, où elle s’est confondue.


Il a pour capitaine, un barde, un crayonneur,

Qui croque en toute page, par petit bout, la vie ;

Voguant comme son esquif, tout au fond de son cœur,

Il va dans son dessin, toutes voiles établies.




La Recouvrance        À la goélette la Recouvrance


Elle est de Brest, la fierté,

Son tonnerre, et son élégance ;

Elle est mouillée en sa cité,

Près du quartier de Recouvrance.


Dans son allure un peu guerrière,

En aviso, qu’elle fut d’antan,

Le bleu-blanc-rouge est sa bannière,

Mais le Kroaz Du, est son sang.


La dame qui rehausse sa proue,

Aux traits de la belle Azénor,

Sauvée des flots ; elle en a tout,

Les beaux yeux bleus, les cheveux d’or.


Sa voilure, fille du Ponant,

Ourdie de nue, tramée d’éther,

Est l’égérie de tous les vents,

Qui dans ses hunes, la vénèrent.


Nul ne peut ignorer son nom,

Gravé dans l’âme de son essence ;

Sur son tableau, en tout son long,

On y peut lire « la Recouvrance ».


*Légende d’Azénor






Marie des Isles


Vous la verrez à l’île aux Fleurs,*

Que nul hiver ne vient faner,

Mouillée dans des exquises odeurs,

Dont tout le bord est imprégné.

 


La voilure est une aquarelle,

Humidifiée à l’élément,

Peinte avec tous les bleus du ciel,

Et de légers pinceaux de vent.

 


Son tableau ample et gracile,

Porte la marque de son nom,

Il est écrit « Marie des Isles »

Avec des lettres en bourgeons.

 


Pour entrevoir la goélette,

Cinglant dans le grand Océan,

Voyez le flot, à la lorgnette,

Car son sillage est scintillant.



*Joli nom de la Martinique



JF Zapata                  

                          

                         



Le 17 février 2015     

       


Homme libre, toujours tu chériras la mer !

 

Charles Baudelaire

 

      C’est un poignant cri d’amour que nous a légué ce grand poète. Mais aujourd’hui, vraiment, qui se soucie de cette merveilleuse étendue, aussi indispensable à l’homme que peut l’être l’air que nous respirons. Oh bien sûr, elle a ses adeptes inconditionnels, des associations qui œuvrent dans de nombreux milieux maritimes : la sauvegarde du patrimoine en est un bel exemple, et nos musées de la Marine en sont aussi, en quelque sorte, d’admirables fleurons. Mais surtout, il y a les artistes ; peintres, écrivains, historiens, photographes, sculpteurs, maquettistes, navigateurs passionnés, journalistes, et j’en passe, sans oublier cette myriade de scientifiques de tout bord qui travaillent inlassablement à sa connaissance, à son respect, à sa sauvegarde, si souvent malmenée.

 

       Pierre Arnaud Lebonnois de Nehel, président fondateur de l’Académie des Arts & Sciences de la Mer, écrivait dans l’une de ses présentations de notre Académie, dont j’ai l’honneur de faire partie, 

 

Extrait :

     « Par son exceptionnel héritage historique, la France détient le second territoire maritime mondial. Pour nos enfants, il ne fait nul doute que l’avenir se trouve plus que jamais au large. Demain, la France sera maritime ou ne le sera pas…

Paradoxalement, et malgré la présence de notre drapeau sur la quasi-totalité des mers et des océans, nos compatriotes souffrent d’une cruelle méconnaissance du monde maritime réel qui les entoure et qui est le leur. »

 

 

      Bien peu de gens s’en émeuvent. En effet, la mer est un objet, un accessoire de vacances à qui on tourne le dos, sitôt qu’on s’en est allé rejoindre son piédestal de terrien. Je serais néanmoins injuste si j’oubliais cette multitude d’amoureux, qui quotidiennement, le long de nos côtes, habitent, travaillent, et qui, à leur manière, en première ligne, préservent la mer de bien des souillures et méfaits.


 

Ton berceau


Ois, dans le creux du vent, ma voix indéfectible,

Qui va comme un murmure, accompagner son chant,

Elle est comme un écho, assourdi, mais audible,

Qui  saigne aux abords de tous les continents.

 

J’étais roi au zénith, aimé par tous les hommes,

Qui parcouraient mes flots, sur tous mes océans,

On me donnait des dieux, athéniens ou de Rome ;

Neptune tenait ma main, Poséidon, mes flancs.

 

J’apportais mon tribut, de par la multitude,

Nourrissant tous les corps, de mon ventre salin,

Rien n’existait sans moi, et dans mon amplitude,

J’exauçais tous Les rêves, en forgeant les destins.


Mais la nature humaine, dépourvue  d’obligeance,

En s’éloignant de moi, a désappris mon nom,

Elle a, sur tous mes bords, détruit mon élégance,

Et brisé mes entrailles, en pillant mon tréfonds.


Qui saura sur mes rides, chanter comme Baudelaire,

En contemplant son âme, me chérir à nouveau ?

Qui saura « homme libre » en parcourant mon aire,

Dans le flux de mes vagues, reconnaître son berceau.


Jean-François Zapata






08/01/2015  


La liberté a grise mine,

Douze vies ont été gommées.

Mais cette haine assassine,

Ne la fera jamais plier.

 

JFZ


     


le 10/08/2014




                                       Les iles 


                                                Les îles sont des bateaux,


 

Les îles sont des bateaux,

Qui sans aucun voyage,

Ont trouvé un mouillage,

Parmi les vastes flots,

Et voguent immobiles,

Gonflées de tous les vents,

Dans l’éternel flanc

De leurs chemins liquides.

                               

Les îles sont des bateaux.

 

 

J’ai très tôt été attiré par l’atmosphère énigmatique qui émane des îles. Elles ont toujours été pour moi une merveilleuse source d’inspiration. Mes premières rimailleries relatives à ce thème datent de mon adolescence. Pour autant que je m’en souvienne, c’était à l’île de Sein, au milieu des années 60. Je fus, alors, subjugué par cette longue et légère excroissance de terre, ceinturée d’une dentelle d’écume, qui paraissait naviguer avec langueur sur une Mer hors du temps. En y mettant pied à terre, il me sembla être monté à bord d’un serpentueux voilier qui s’accrochait tant que mal à la mue d’un ciel omniprésent. Tout me semblait écrasé, balayé par des embruns et des tempêtes, qui s’étaient s’amoncelés là,  sans doute pour mieux s’engouffrer plus tard sur le proche continent. Elle était comme une bouteille à la mer, que l’on vient d’ouvrir dans la ferveur du moment. J’étais grisé de son parfum qui s’entremêlait allégrement avec les senteurs de la pêche, les algues sèches, qui embaumaient une odeur épicée, et la lande, d’où émergeaient les effluves du fenouil marin. Je devinais le quotidien de ces intrépides pêcheurs et l’heureuse fatalité de ces femmes en noir, qui arboraient avec fierté la coiffe et la tenue traditionnelles de leur condition.

 

Il serait fastidieux d’énumérer toutes les îles et îlots qu’il m’a été donné de voir par la suite. De toute façon, il en existe tant, que fatalement, je serais bien prétentieux d’en affirmer le nombre. Certaines me sont très chères pour des raisons propres à mes souvenirs, mais aucune ne m’a laissé indifférent.

 

« Les îles sont des bateaux » est l’une de mes premières inspirations marines. Je l’ai écrit il y a fort longtemps, à bord du TCD Orage, fier bâtiment de guerre de la Royale, entre les Galápagos et les Marquises. J’avais l’âge de tous les rêves, et le Pacifique, que j’avais la chance de parcourir grâce à mon incorporation, me permit d’en réaliser beaucoup. Des îles, des îlots et des atolls, de toutes sortes, furent mon quotidien pendant de nombreux mois. Ma plus belle découverte, sans doute parce que c’était aussi ma première rencontre avec les Marquises, fut le village de Hanavave(é), dans la baie des Vierges, à FATU-HIVA. Aujourd’hui encore, je frissonne d’émotion, rien qu’en pensant à cette approche, qui fut pour moi idyllique et inoubliable. Je vis, par la suite, bien d’autres beautés de cette merveilleuse Polynésie, issue sans doute d’un paradis intemporel, créé par quelques « Tiki » bienfaiteurs. Mais jamais celles-ci ne purent égaler le vertige émotionnel que m’avait procuré la vision de Hanavave(é).



Hanavave(é)  

 

Baie d’Hanavave / Hanavavé / (Baie des vierges) Iles Marquises de FATU-HIVA

 

 

Quand au lointain du temps, surgit ton souvenir,

Animant en mon cœur tes parfums égarés,

Je ressens ta beauté comme on hume un plaisir,

Un baisé véhément à jamais exaucé.

 

Pétri par l’émotion, le frisson dans la chair,

Ébahi de tes vierges, accoudées sur tes flancs

Je pleure sur la baie, entraînant mes prières,

Où meuvent les tempêtes au milieu des volcans.

 

Hanavavé sublime, ô ma fleur des Marquises,

Paradis interdit de mon cœur en lambeau,

Quand me reviendras-tu ? ô chimère conquise,

Par mes rêves élevés, comme un porte-drapeau.

 

Je me souviens livrer, à tes vicissitudes,

Habillé de tes landes, comme un paréo,

Aliéné et soumis, buvant tes plénitudes,

Quitte à les emporter dans le froid du tombeau.

 

Ton sein comme un supplice, entaille ma mémoire,

Les traits de ta beauté, flagellent ma passion,

Et si mes yeux rougis, s’abîment dans le noir,

C’est pour mieux apaiser mes hallucinations.

 

Quand le mal me prend, rompu à ma détresse,

Dans l’imagination de tout ton infini,

Je revois tes chevaux courant avec ivresse,

Entre les arbres à pain et les herbes fleuries.

 

Hanavavé, essence en mon moi si tenace,

Avant que l’ombre passe sur mon corps tari,

Je te promets mon cœur dans un vœu qui enlace,

Et te donne à jamais mon amour infini.

 

Je me transporterai au mirage d’un songe,

Dans la forme sublime d’un vaporeux reflet,



Ile de Sein

 

C’est un bout de rocher, propice à la tempête,

Un petit coin de terre, où s’entassent les grains ;

Tous les oiseaux de mer, en ont fait la conquête,

Et nichent à la volée, se riant des embruns.

 

C’est la pointe du Raz, qui la poussa en mer,

Jetée au « Penn ar Bed »* et aux mondes inconnus,

La laissant en Iroise, affronter la colère,

Et le déferlement de l’immense étendue.

 

L’océan de ses crocs, qui l’a tant morcelée,

A tracé sur son bord, de démentes courbures,

Qui serpentent çà et là, en des lignes hachées,

De l’empreinte seyante, de toute sa démesure.

 

Sa nature laminée, est un cocon de lande,

Une peau de broussaille et de ronce éperdue,

Où éclosent mille fleurs, s’offrant comme des guirlandes,

De Silène et de Criste, et de pavot cornu.

 

Mais ne vous y fiez point, les hommes ont tête haute

Valeureux à la pêche, dont ils sont coutumiers ;

Les femmes vêtues de noir, vous accueillent en hôte,

Dans ce petit enfer qui pour eux est sacré.

 

*<Penn ar Bed>  -  Bout du monde en Breton



Les îles sont des bateaux,

 

Les îles sont des bateaux,

Qui sans aucun voyage,

Ont trouvé un mouillage,

Parmi les vastes flots,

Et voguent immobiles,

Gonflées de tous les vents,

Dans l’éternel flanc

De leurs chemins liquides.

                               

Les îles sont des bateaux.

                                 

Et je suis matelot,

Sur l’étrange mâture,

De ces voiliers sans fin

Frappés de solitude.

 

J’assume tous les bords,

Manœuvre sans délais,

Sur d’immobiles ponts,

Qui tanguent sans effet,

Ne roulant que mes sens,

Tant je vais aux frissons,

De ces défis intenses,

Inondant tout mon corps.

 

Assoiffé d’inédits,

Je vole au rivage,

Comme les goélands,

J’observe ces bateaux,

Épris de leurs élans,

Aux courbes sans défauts,

Et dont les harmonies,

Attisent mon courage.   

                                      

Jeune ailé dans l’espace,

Aux gestes triomphaux,

Indomptable zélé,

Ravi de la surface,

Je me prends à chanter,

Sur un hymne tenace,

 

Les îles sont des bateaux.   


   

Publication en cours
    (courant mars 2014)

 

    Une Histoire de Crabe

   - Le Fabuleux -

A u-delà de la poésie qui est en moi, à fleur de Mer et d’embruns, la plus belle volupté dont se repaît mon âme, j’ai toujours voulu m’essayer, sans la moindre prétention, à d’autres formes de narrations. C’est ainsi que mes tiroirs, ces jardins secrets qui regorgent de piètres textes,  semblants de nouvelles et contes avortés, m’ont rappelé au bon souvenir d’une fiction qui m’avait enflammé jadis.

Allez savoir pourquoi j’ai ressorti cette histoire, que j’avais commencé à imaginer il y a plus de 30 ans ? Certes, c’était un embryon de gesticulations qui avait germé dans mes rêves de jeunesse et qui était mort-né, par manque d’expérience et de maturité. Je vous rassure, toutes ces qualités ne me sont par encore acquises, loin de là, et malheureusement, je désespère de pouvoir les posséder un jour. Mais qu’importe, le principal est que ce petit conte, que je viens d’achever, vous plaise autant que j’ai moi-même pris plaisir à l’écrire.

En fin de compte, je me demande ce qu’il reste vraiment de ce premier récit ?

À l’origine, il n’y avait pas de crabe, par de port, pas de bateau non plus. Firmin et Thérèse portaient d’autres noms, avaient d’autres métiers, et étaient infiniment plus jeunes.

Non, vraiment, en cherchant bien, je ne vois pas d’éléments qui auraient pu m’inspirer ce prolongement.

Peut-être était-il en moi dans les méandres de mon vécu. Quoi qu’il en soit, après avoir traversé les décennies, bon gré mal gré, et croisé quelques tempêtes, qui ont immanquablement marqué mon existence, j’ai pu abondamment puiser dans mes bévues personnelles pour étoffer et construire mes personnages, à travers une aventure qui n’a de réalité que dans le fruit de mes divagations.

Cette historiette ne serait pas complète sans les belles illustrations de mon ami Gaby Boulier, pastelliste reconnu, et la belle préface de Pierre-Arnaud Lebonnois de Nehel, peintre portuaire et président de l’Académie des Arts et Sciences de la Mer, qui ont, par leur talent et leur sensibilité, contribué à illuminer mon utopie.

Leur Site:

www.gaby-bourlier.com
www.academie-arts-sciences-mer.com

 Préface de
 Pierre Arnaud Lebonnois de Nehel



« …île était une foi »

 

 

Du Robinson Crusoé de Daniel Defoe à  L’île mystérieuse de Jules Verne en passant, pour les plus jeunes, par L’île au trésor d’Hergé, ils furent nombreux les contes et légendes de notre enfance à nous avoir fait appareiller pour les rives exogènes d’un monde marin fait d’autant de mystères que de découvertes.

 

Ceux qui naviguent loin des côtes et pour un long temps le savent : la mer, à l’image du désert, se joue de nos perceptions et les mirages qu’elle nous impose font vaciller notre conscience entre rêves et réalités…

Nombre de capitaines au long cours, hommes solides et pondérés, jurent avoir entendu le chant des sirènes et les cloches de la ville d’Ys.

 

Jean-François Zapata, capitaine en écriture, pêche au bout de ses lignes et entre les mots une bien curieuse créature abyssale qui, au premier coup d’œil, a tout l’air d’être d'un crabe...  

Mais la mer livre souvent des trésors que la raison ignore.

 

Pour l’auteur marin, aussi sensible aux signes qu’il est attentif aux hommes, l’eau de son océan se fait miroir, à la surface de cette fable, en nous renvoyant l’image de notre âme d’enfant contrastée par les souffrances et les turpitudes plus profondes de l’âge adulte.

 

Ce conte n’est pas initié par le traditionnel « il était une fois » mais pourrait l’être par « île était une foi ».

 

En l’occurrence l’île lointaine dite de la Réconciliation où réside une petite communauté d’hommes et de femmes animée par une foi capable de remettre à flot les navires rossés sur les récifs de la fatalité…

 

La qualité de ce texte s’enrichie, ici, de quelques illustrations du pastelliste Gaby Bourlier qui, pour la circonstance, a su renouer avec l’apparente naïveté de la traditionnelle iconographie des contes pour enfants d’autrefois.


  Pierre Arnaud Lebonnois de Nehel










 

 

D’embruns et d’émotions

 

Cher Amis(es)

 

J’ai le grand plaisir de vous présenter mes nouveaux carnets poétiques.

Cinquante textes, sur les admirables métiers de la mer. J’ai voulu personnifier

l’esprit, la beauté, le courage de ces hommes et femmes, dont l’élément est le quotidien


Pour donner une belle facture à mon manuscrit, j’ai opté pour une impression sur un beau papier 350gr, et sera imprimé de façon traditionnelle.

Chaque représentation de toile, sculpture, photo, seront vernis.


Un immense merci à tous mes Amis(e) Asmériens, Peintre, Photographes, Sculpteurs, qui ont contribué gracieusement à cet ouvrage, et notamment à notre Président, Pierre-Arnaud Lebonnois de Nehel, grand architecte de ce présent recueil.

 

Un grand merci à rené Moniot-Beaumont, président de la Maison des Écrivains de la Mer, pour avoir pris le risque de préfacer mes élucubrations.

        

     



Vous pouvez commander
au prix de 30€ + envoi 5€ (france métropolitaine)

Dom tom et Etranger 15€
Paiement sécurisé PREPAL


Dédicace à votre convenance, écrivez-moi


Jean-François ZAPATA

32 rue des Alouettes – 27240 – Buis-sur-Damville

Courriel : ejfz@orange.fr





 

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jean-yves mazéas | Réponse 20.09.2016 18.05

merci cher jean-françois tu représentes ce grand marin poète quelque part au travers de mes maquettes de notre marine royale, richelieu , colbert et zapata ...

serge Boue Kovacs | Réponse 01.01.2016 13.26

J'ai lu de nouveau ces mots très sensibles et justes sur mon travail et sur mon personnage ,merci . serge

Brouillet Jean | Réponse 20.09.2015 23.55

Que serait le monde sans les poètes?
Et la mer?
Et les étoiles?
Et Dieu?
Jean Brouillet

Pierre Godel | Réponse 19.02.2015 14.14

Salut Jean-François,tant de sensibilité dans un monde hostile c'est rassurant. A bientôt. Pierre

Daniel Girault | Réponse 17.02.2015 20.22

Voilà encore de belles lignes qui nous remettent la tête à "l'endroit". Merci Jean-François!

Katty Scharwatt | Réponse 17.02.2015 16.19

Toujours juste et vrai. Amitié Katty

JC Rouxel | Réponse 17.02.2015 12.23

Tout simplement, MERCI :)

patrice calamel | Réponse 14.08.2014 17.29

salut à toi , Marin parmi les Marins de l' académie ; de Muros aujourd'hui en Galice après un Gascogne musclé; merci pour tes mots tellement authentiques

eric lescaudron | Réponse 12.08.2014 16.51

C'est toujours avec grand plaisir et émotion que je prends connaissance de tes créations, un vrai talent mon cher ! Amitié.

JF ZAPATA 13.08.2014 16.56

Merci Eric, à + à l'Académie

JFZ

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Commentaires

20.09 | 18:05

merci cher jean-françois tu représentes ce grand marin poète quelque part au travers de mes maquettes de notre marine royale, richelieu , colbert et zapata ...

...
01.01 | 13:26

J'ai lu de nouveau ces mots très sensibles et justes sur mon travail et sur mon personnage ,merci . serge

...
20.09 | 23:55

Que serait le monde sans les poètes?
Et la mer?
Et les étoiles?
Et Dieu?
Jean Brouillet

...
19.02 | 14:14

Salut Jean-François,tant de sensibilité dans un monde hostile c'est rassurant. A bientôt. Pierre

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